Le NON victorieux, cela ne sera pas la fin de l’Europe, ni l’isolement de la France. Cela sera bien au contraire l’ou-verture d’avancées pour une autre Europe et une apport créateur de la France à sa construction démocratique.
Si le non l’emporte que se passera-t-il le 29 mai au soir ?
Et bien, loin des discours catastrophistes tenus par certains, cela ne sera ni le chaos, ni le statut quo.
Tout d’abord une précision : juridiquement, le projet de traité constitutionnel serait caduc. Mais, il n’y aura pas de « trou noir » institutionnel.
Dans la pratique, les vingt-cinq pays de l’Union européenne continueront d’être liés par les différents traités dont le Traité de Nice. Or, celui-ci n’est pas l’horreur que certains peignent. Rappelons-nous, lors de la ratification, Lionel Jospin, Jacques Chirac se félicitaient de cet aggiornamento qui permettait d’ajuster les institutions de l’Union à l’arrivée de dix nouveaux membres. Or, le Traité de Nice continue de s’appliquer jusqu’en 2009. C’est une période suffisante pour entamer une renégociation. De la même manière, l’existence de l’euro ne serait pas plus mise en cause. Bien sûr, la victoire du NON serait un énorme événement politique en France et en Europe.
Que se passerait-il le jour d’après ?
La France serait-elle isolée ? Une renégociation serait-elle impossible ?
Entendons bien ce que disent les dirigeants des autres pays européens comme G. Schröder : « L’Europe a besoin de la France ». C’est donc que le vote des Français sera pris en compte quel qu’il soit. En fait, cet argument de l’isolement est assez étrange. Car après tout, le gouvernement français était assez isolé de ces principaux alliés européens quand il s’est opposé à l’intervention militaire américaine en Irak. Par contre, il était totalement en phase avec l’écrasante majorité de l’opinion publique en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni, en Pologne etc.
En fait, le non français pourrait bien être une occasion historique pour une majorité d’Européens de cesser la fuite en avant dans le libéralisme. Comme le disait un ancien secrétaire du Parti socialiste de Wallonie en Belgique, les salariés européens espèrent beaucoup du vote des Français car pour la plupart ils ne pourront pas se prononcer. D’ailleurs, lors de l’euro manifestation à Bruxelles au mois de mars 2005, l’aspiration majoritaire était bien le ras-le-bol de l’Europe de la Finance et la volonté de promouvoir une Europe sociale pour la promotion de l’emploi et des services publics chez les syndicalistes allemands, italiens, portugais, belges, espagnols etc.
Consultations nationale et européenne pour renégocier en faveur d’un modèle européen de progrès social.
Cette campagne référendaire est déjà un moment important de prises d’initiatives des salariés et des citoyens pour l’émer-gence d’un nouveau modèle européen qui puisse contribuer à la construction d’un monde pacifique, de coopérations et de co-développement.
Un « non » majoritaire au soir du 29 mai doit permettre la construction d’un vaste rassemblement en France et en Europe pour élaborer, à partir des aspirations et des besoins des citoyens, des travailleurs, un nouveau Traité.
Il mettrait au cœur du débat national et européen des propositions concrètes en vue d’une ouverture pour une autre construction européenne. Il est possible, dès le jour d’après, par des initiatives en France (et avec un autre rôle de notre pays), de faire converger de multiples forces politiques, sociales et culturelles en France et en Europe, pour ouvrir un processus de renégociation des traités de l’Union pour des avancées profondes. En France, ces nouvelles propositions pour un progrès social hardi et de civilisation de l’Union pourraient être l’objet d’une grande consultation nationale par exemple avec de véritables Etats-Géné-raux pour une nouvelle construction et une Union profondément démocratisée, articulés aux luttes pour une alternative politique de transformation sociale profonde en France.
Cela se relierait à des initiatives pour de nouvelles consultations et rassemblements des citoyens et travailleurs de tous les pays de l’Union à l’appui d’une nouvelle négociation enfin menée de façon démocratique.