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Le "Non" socialiste
Partisan du non, Mélenchon dénonce l’"amalgame" avec l’extrême droite
Le socialiste que je suis...
Discours de Jean-Luc MELENCHON

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Forum "UN NON D’ESPOIR" Gymnase Japy - Jeudi 17 mars 2005

Discours de Jean-Luc MELENCHON

Je veux en tout premier lieu remercier le Parti communiste, ses militants, ses dirigeants et Marie-George Buffet qui sont à l’initiative de cette soirée et qui en ont assuré le succès.

Compte tenu de certains agacements d’ailleurs légitimes, il est de mon devoir d’honnêteté de vous rappeler ce que vous savez déjà. Je ne m’exprime pas au nom du Parti socialiste. Hélas.

Mais en m’invitant et en me donnant la parole ce soir parmi vos autres invités chers camarades communistes vous permettez que soit fait un constat important pour notre combat commun. Un constat qui dément des affirmations hâtives et somme toutes présomptueuses. Un constat simple qui ne peut plus être contesté par personne dorénavant : le non socialiste existe ! Il prend sa place dans le combat du non de gauche. Il est incarné par des milliers de femmes et d’hommes dans tout le pays. Ils ont formé leur conviction de façon argumentée, raisonnée et raisonnable. Ils sont adultes. Ils ont le goût de la liberté de conscience. Ils savent ce qu’ils font. Souvent leur vie entière a été faite de combats et d’engagements. Ce combat-ci vient après bien d’autres pour eux. Chacun a leur façon ils vont le mener avec patience et ténacité. Je sais qu’en m’accueillant comme vous venez de le faire c’est eux tous que vous vouliez encourager. Permettez que depuis cette tribune, je m’adresse d’abord à mes camarades socialistes partisans du Non à la Constitution. Je leur dit : ce combat est décisif, il a besoin de tous. Vous, électeurs, sympathisants, militants du mouvement socialiste, vous qui avez déjà opté en conscience pour le non, puisque votre conviction est faite, vous pouvez contribuer de façon décisive a la décision que doit prendre notre pays. Entrez en action ! Faites totalement votre devoir de citoyens éclairés. Libérez l’énergie de ce qui est notre seule force mais une force immense : notre nombre, notre éducation politique, notre immersion totale parmi la masse du peuple français qui vit de son travail et partage les difficultés mais aussi les joies et les espérances du quotidien. Amis et camarades puissiez vous m’entendre ! Au moment du vote, il faut faire de la politique. C’est le devoir du peuple républicain ! La vieille formule est plus vraie que jamais : si vous ne vous occupez pas de politique, la politique s’occupe de vous ! Dites le et répétez le autour de vous : Dans cette circonstance, l’abstention serait une démission, un abandon, un renoncement. Ayons la fierté de notre liberté citoyenne : prenons position ! Osons agir ! Osez ! La fatalité néolibérale n’est pas invincible !

Chers amis, chers camarades, Depuis le début de cette bataille pour le non nous avons pu construire ensemble, nous le Non de gauche, un état d’esprit de rassemblement sans exclusive, sans invective. C’est un bien précieux.

C’est pourquoi cette réunion porte une dynamique. Nous allons la faire vivre dans la durée de ces 73 jours qui nous séparent du vote. Certes des centaines de réunions se sont déjà tenues. Plusieurs milliers sont d’ores et déjà programmées dans tout le pays. Elles profiteront de l’élan pris ce soir. Si bien que notre réunion marque en quelque sorte le lancement de la campagne officielle du non de gauche contre le projet de Constitution libérale pour l’Europe.

Ce qui compte à cet instant encore c’est que nous affichons notre rassemblement. Chacun dans notre identité, nous sommes la gauche rassemblée. Sans en faire une raison à soi seul j’invite tout un chacun a faire ce constat : le non rassemble la gauche. Il la rassemble dans sa diversité. Le oui ne le peut pas.

Gardons cela présent à l’esprit dans chacun de nos actes et paroles jusqu’au 29 mai. Gardons le à l’esprit si nous voulons en recueillir les fruits dès le 30 au matin, jusqu’en 2007 et au-delà.

Ce soir, pas plus que le premier jour de notre engagement, nous ne nous tromperons pas de cible. Nous ne nous égarerons pas dans des polémiques dévastatrices à gauche. Toutes, sans exception, dénatureraient notre combat, diminueraient nos chances de convaincre les Français de refuser une Constitution a-démocratique, antirépublicaine et antisociale. Nous ne nous tromperons donc pas de cible. Ce traité c’est Chirac qui l’a négocié. C’est lui qui l’a signé avec Messieurs Raffarin et Barnier. C’est à lui, c’est à eux que nous disons non. Non à Chirac. Non à Raffarin. Non à leur Constitution. Non à leur politique. Celle qu’ils pratiquent et celle que leur Constitution grave dans le marbre pour 50 ans, selon Monsieur Giscard d’Estaing. C’est tout un. Un seul et même non. Le peuple français ne s’y trompera pas plus cette fois-ci que dans les élections régionales, cantonales et européennes. Pas plus que dans ses grèves et ses manifestations massives pour l’augmentation des salaires et la diminution du temps de travail. Les Français savent à qui et à quoi ils disent « NON ». Et d’ailleurs, ceux à qui cela est destiné le savent bien eux aussi. Par conséquent, comme nous l’avons déjà vu, chaque pas de la France vers le NON produit un rapport de force dont nous bénéficions au plan national comme au plan européen. Sinon pourquoi ont-ils ouvert la négociation sur les salaires ? Pourquoi annoncent-ils que la directive Bolkestein est mise en réserve jusqu’au 29 mai ?

Non, la Constitution européenne n’est pas un au-delà de la politique, un nirvana au dessus de la droite et de la gauche. L’Europe libérale est notre quotidien. C’est elle que nous rejetons dans nos luttes contre les délocalisations, contre la liquidation des services publics, contre la marchandisation de toutes les activités humaines. On nous dit que nous mélangeons tout chaque fois que nous affichons notre NON à la Constitution dans ces luttes sociales. Mais ce n’est pas nous qui mélangeons tout. C’est la vie elle-même qui s’en charge ! On a donc bien raison de souligner le lien entre les injustices qui nous accablent et le texte qui les trouve excellentes puisqu’elles sont libres et non faussées !

Nous ne voulons pas de cette Constitution parce qu’elle n’a pas été élaborée démocratiquement. Parce qu’elle ne propose pas un choix démocratique quand il faut juger en bloc 448 articles, 36 protocoles, 2 annexes et 50 déclarations. Parce qu’elle ne propose pas des institutions démocratiques où la souveraineté populaire européenne, représentée par ses députés, aurait le dernier mot et l’initiative des lois. Parce qu’elle verrouille le processus de révision, rendant quasiment impossible tout changement ultérieur.

Nous ne voulons pas de cette Constitution parce qu’elle est anti-sociale. Nous ne voulons pas d’un texte qui nous impose un modèle économique décrit dans le détail de 311 articles, pour faire primer le principe de concurrence libre et non faussée dans tous les domaines. En temps de paix comme en temps de guerre ! Nous ne voulons pas d’une Constitution qui nous interdit l’harmonisation sociale par la voie législative, comme par la voie réglementaire et même par la voie contractuelle.

Nous ne voulons pas d’une Constitution qui encourage le communautarisme et institutionnalise les religions. Nous ne reconnaissons pas la devise « Unie dans la diversité », parce que cela, c’est l’état de nature. Notre devise est « égaux en droit » parce que ça c’est l’état de droit et la République.

Mais ne serions nous capables que de refuser ? C’est mal nous entendre. C’est réduire le NON à une caricature nihiliste. Pour nous, une autre Europe est possible. Nous le prouvons. Nous voulons une Constitution élaborée démocratiquement. C’est-à-dire par des représentants dûment mandatés pour cela par le vote des citoyens. Nous voulons une Constitution qui autorise l’application de politiques alternatives si le vote des citoyens le veut. Nous voulons une Constitution qui n’interdise pas l’harmonisation sociale par le haut. L’harmonisation qui est la raison d’être de notre engagement européen.

Amis, camarades, il me faut conclure. Dans nos réunions de quartier, dans nos ateliers de lecture, nous traitons toutes ces questions en détail. Le meilleur document contre la Constitution européenne, c’est le texte de la Constitution européenne lui-même. C’est l’effet Dracula ! A la lumière de la lecture et de la discussion, il se rabougrit instantanément en un petit tas de cendres ultra libérales. Puissions nous étendre cette lumière en tous lieux et dons toutes les consciences de notre peuple. Je vous dis la force indécourageable de mon engagement. Je connais la votre. Je vous assure que des milliers de socialistes qui n’ont besoin ni de chefs ni de consignes vont faire leur devoir de citoyen et de militant.

Nous tous le Non de gauche, nous n’abandonnerons pas les nôtres à l’abstention ou aux manipulations du Non de droite. Le Non de gauche veut prendre la tête du processus, du mouvement populaire qui rejette le libéralisme et sa constitution européenne.

Si le Non l’emporte, ce n’est pas la fin du monde. Ce n’est pas la fin de l’Europe. C’est tout au contraire un commencement démocratique, une riposte sociale. Un futur où la gauche aura sa place et retrouvera un horizon.

Le 17 mars 2005

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Constitution européenne

Texte intégral et analyse

90 pages

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