De Castanet à Rieumes, de Plaisance à St Béat,à Tournefeuille ou Balma, les rencontres débats sur le projet de constitution ont des caractéristiques communes qui me semblent intéressantes à souligner. D’abord il y a du monde partout, des hommes et des femmes venus d’horizons divers adhérents à des partis de gauche en général ou alter mondialistes ou sans parti mais avec une soif commune de toujours mieux maîtriser le contenu du document, de réfléchir à plusieurs voix sur la signification de telle ou telle disposition et surtout sur les conséquences si ce document était soutenu par une majorité.
Ce qui me frappe c’est que le non qui est en train de se forger, de grandir de semaine en semaine est vraiment un non raisonné, averti, curieux, en recherche permanente d’arguments ; ces débats ne se limitent pas aux questions posées aux intervenants, ils constituent de véritables échanges d’expériences, de réflexions, de propositions et d’exigences.
Ce non est chaque fois et partout un oui à l’Europe à cette Europe qui reste à construire, celle qui réponde enfin et vraiment aux défis face à nous, chômage environnement paix développement durable droits et libertés.
J’ai fait en 15 ans de mandat de députée européenne trois campagnes électorales pour appeler à envoyer des députés progressistes au parlement européen,j’ai mesuré d’années en années combien le fossé n’a cessé de se creuser entre les aspirations citoyennes et cette Europe libérale construite loin des peuples de sommet en sommet des chefs d’état et de gouvernement jusqu’à juin 2004 où l’abstention a battu des records historiques. Et je ne peux que me réjouir et savourer cette donnée tout à fait nouvelle : enfin des milliers de femmes et d’hommes s’intéressent à l’Europe, cherchent à savoir ce qu’on leur demande de soutenir et pourquoi et au final sont en train de décider pour de très nombreux d’entre eux que cette construction européenne doit changer de cap se sortir du dogme libéral.Ils ne veulent pas au nom de l’Europe donner leur caution à des choix politiques dans les quels ils ne se reconnaissent pas !
Enfin ces débats sont aussi une leçon de chose sur la capacité de forces diverses à gauche à se retrouver, à travailler ensemble, sur du contenu, à partir d’un texte sur le quel on est appelés à voter ,à réfléchir aux alternatives à proposer pour une Europe enfin sociale et démocratique.Beaucoup de participants disent leur plaisir de voir autour d’une même table des dirigeants d’Attac, du Mouvement pour une République sociale,du parti communiste,de la LCR ou des socialistes partisans du Non.. A la différence de Maastricht ce qui apparaît nettement aujourd’hui c’est que la caractéristique première et majeure du non est celle d’un non de gauche qui s’ancre dans la rencontre entre l’expérience, la connaissance et l’espoir. Une autre exemplarité de ce moment c’est que dans ces rencontres la politique politicienne est bannie ;c’est-à-dire que personne n’essaie de tirer la couverture à soi, de se présenter comme le meilleur par rapport aux autres, il y a du sérieux, du contenu de l’engagement et de la détermination en commun !
C’est tout cela la force du non en construction dans sa rencontre avec l’expérience, les exigences et les espoirs.
Le Oui pour ce que je peux en entendre me parait bien palichon, bien loin des préoccupations souvent politicien et incapable de s’appuyer sur le document (et pour cause)
Il y a encore des indécis
Les arguments sur les risques d’un non français sont martelés à longueur de médias, il vont redoubler n’en doutons pas !
Alors continuons partout ce travail engagé confortons ce non construit raisonné à partir du document lui- même, jusqu’au bout il y a à donner à voir, à expliquer à échanger pour convaincre.
Sylviane Ainardi
Députée européenne 1989-2004